Femme de 52 ans
Il y a une quinzaine d’années, je n’allais pas bien, à mes yeux, ma vie n’avait plus de valeur et je la mettais en danger quotidiennement. Il n’y avait que peu de couleurs dans mon quotidien, la noirceur avait envahi ma tête, mon corps et mon cœur. On m’a proposé d’aller rencontrer une intervenante au CAVAS. J’ai accepté parce qu’on m’a dit que c’est ce que je devais faire, mais dans ma tête je ne voyais pas ce que ça pourrait changer pour moi. Je n’avais pas l’impression que les agressions que j’avais vécues au fil des années durant mon enfance, mon adolescence et mon début de vie d’adulte avaient un impact sur ma vie actuelle. Je croyais que ça faisait partie de mon passé. J’avais connu la violence sous toutes ses formes, mais c’était devenu normal, voir banal et par-dessus-tout, j’avais honte, j’avais peur de parler parce que je me sentais responsable de ce que j’avais vécu et je croyais que j’avais mérité tout ça. J’ai appris à 37 ans que ce n’était pas le cas. La souffrance que je portais en silence depuis tout ce temps et que j’avais banalisée pour survivre n’existait pas parce que je l’avais mérité ou provoqué. Cette souffrance existait parce que j’avais subi des actions posées par des agresseurs. J’étais une victime. Les agressions ne me définissent pas, mais elles font partie de mon histoire. Le cheminement n’a pas été facile, j’avais peur des humains, peur de créer des liens, peur de mon environnement. Lors des rencontres de suivis, j’arrivais difficilement à trouver les mots pour parler, la plupart du temps je gardais le silence. L’intervenante était d’une patience, d’une douceur et d’une bienveillance exceptionnelle. Au fil des rencontres, l’intervenante m’a apprivoisée et lentement mais surement la confiance s’est installée. J’ai réussi à trouver les mots et j’ai commencé à parler, j’ai été écouté et compris. Et enfin, j’ai pu déposer cette souffrance que je portais seule depuis tant d’années. Même si certaines cicatrices demeurent, je vois aujourd’hui tout le chemin que j’ai parcouru et je suis fière de continuer à avancer, un pas à la fois, la tête haute. Je peux affirmer haut et fort que sans l’équipe du CAVAS, ma vie ne serait pas ce qu’elle est. Aujourd’hui, à 52 ans, je parle, je travaille, je ris, j’apprécie, j’aime, je suis. JE VIS.